Au terme de la dernière séance d’essais IRTA au Qatar, nous retrouvons une fois de plus les deux pilotes Monster Yamaha Tech3 à la fois en tête des Rookies et dans le Top 10. En effet, sur un circuit qu’il affectionne, Jonas Folger figure à la huitième position à moins d’une demi-seconde de Maverick Vinales, alors que Johann Zarco se positionne un dixième derrière, à la 10e place, sur un tracé qu’il n’apprécie pas particulièrement.
C’est dans ce contexte de « travail accompli » que nous avons recueilli le sentiment d’Hervé Poncharal, le patron de l’équipe française MotoGP.
Hervé Poncharal : « Depuis l’année 2001, c’est-à-dire depuis l’année où Tech3 a eu deux pilotes en catégorie reine suite au titre d’Olivier Jacque en 2000, nous n’avions jamais fait une campagne d’essais hivernaux avec une seule toute petite chute sans aucune conséquence comme cette année. Et ça, c’est incroyable ! Juste cette petite glissade de Jonas en Australie et aucune de Johann. C’est quelque chose qui nous fait plaisir, surtout que ça s’est fait avec des chronos rapides, parce que, que ce soit à Valence, à Sepang, à Phillip Island ou là au Qatar, on est quand même souvent dans le Top 10 et à moins d’une seconde du plus rapide.
Ça nous
change et c’est important, car ça permet de travailler dans une
autre dynamique, car, quoi qu’on veuille et qu’on puisse dire, et
même si ça fait partie du jeu et qu’on en aura évidemment à gérer,
une chute c’est toujours un retour en arrière. Par exemple, si vous
prenez Maverick Vinales, qui a toujours été systématiquement le
plus rapide et qui n’a pas fait une seule chute, il est dans une
position psychologique certainement beaucoup plus favorable que son
principal adversaire, Marc Márquez. En anglais, on dit un Set Back;
une chute, c’est toujours un retour en arrière et des difficultés à
gérer. En tout cas, pour nous, ça c’est très bien passé et,
justement, ça nous a permis de faire tout un tas de choses que
d’habitude nous n’avions pas le temps. Parce que quand vous faites
une chute, il faut généralement refaire la moto, surtout au Qatar.
Et là, avec les deux pilotes Johann Zarco et Jonas Folger, nous
avons fait une simulation de course complète le dernier jour, ce
qui est quand même très très important pour le pilote, surtout s’il
est Rookie. Quand ils vont revenir au Qatar, ils pourront dire
« je l’ai fait, je sais comment la moto fonctionne au bout
de X tours ». C’est donc quelque chose qui,
psychologiquement, va les aider. Et techniquement aussi, bien sûr.
Mais ce n’est pas tout : grâce au fait qu’on a gagné du temps
puisqu’on n’a pas eu d’incident, nos deux pilotes ont fait des
simulations de Flag to Flag, c’est-à-dire de changements de motos.
Ils l’ont fait plusieurs fois, ce qui est toujours intéressant. On
a aussi fait des simulations de Q1 et Q2 : rentrer au box, faire
monter un pneu et repartir pour faire craquer un chrono dans les
deux tours.
On a donc essayé de travailler pas uniquement pour faire claquer un temps mais aussi pour donner la possibilité à nos deux pilotes, qui encore une fois sont des Rookies, de mieux cerner toutes des spécificités de cette catégorie, puisque flag to flag, Q1 et Q2 n’existent pas en Moto3 et Moto2. On a donc bien travaillé là-dessus.
J’ai vu que durant la dernière heure, Pedrosa et Redding, qui étaient au fond du classement, ont fait un tour vite. Bon, c’est très bien, ils l’ont fait alors que nous, nous avions déjà arrêté de rouler. Mais je pense que ce n’était pas notre objectif numéro un, et je suis très content qu’en dehors du fait d’avoir fait un bon chrono, puisqu’on est tous les deux dans la seconde, on a pu faire tout un tas de choses importantes qu’on avait jamais eu l’occasion de faire jusqu’à présent. Et ça, c’est aussi le fait que, pas de problème de chute, donc une ambiance plus sereine, donc les pilotes plus ouverts à faire des choses qui ne sont pas nécessairement payantes par rapport à l’écran des chronos. Et de se focaliser uniquement sur cet écran, c’est un peu une erreur, surtout par rapport à ces essais qui sont avant tout des séances de travail. »
Vous reprenez donc à votre compte la maxime » qui va piano va sano » ?
« Oui ! Alors ça, moi je signe. Maintenant, des fois, je
suis toujours un petit peu trop prudent et on sait aussi qu’à un
moment donné, il faut dégoupiller, qu’à un moment donné il faut y
aller et que la marge de sécurité, il n’y en a plus ! Que ce soit
pour les tops guns ou les autres : en Grand Prix, tu ne fais pas de
l’endurance. Tu n’es pas là pour avoir de la marge ! Il faut se
lâcher et, vu le niveau global de la grille du plateau, vous allez
avoir du mal à dire que vous allez faire une super perf tout en en
gardant sous la main…
Mais en tout cas, pendant les essais hivernaux, c’est bien de
pouvoir travailler comme on l’a fait cet hiver. Ce sont des
conditions idéales et je tiens à remercier et féliciter nos deux
pilotes, ainsi que l’ensemble de l’équipe qui a été suffisamment
intelligente pour profiter de tout cela pour pouvoir faire ce qui a
été fait, et je pense que cette séance au Qatar a été vraiment bien
menée, et très constructive. »
Comment expliquer que deux Rookies, donc qui n’ont par définition aucune expérience du MotoGP, et qui sont prudents puisqu’ils ne chutent pas, puissent être aussi rapides ? C’est lié à la Yamaha qui est à la fois facile à conduire et performante ?
« Bien évidemment que la Yamaha, c’est un super package ! Mais, et c’est là que je vais balancer une petite pique à Cal Crutchlow, car j’ai vu que Cal avait déclaré à certains médias, et cela a été repris sur le média allemand Speedweek, que Rabat était plus rapide que Folger. Alors, j’aime bien Cal parce qu’il aime bien créer un petit peu des polémiques (rires) et j’ai énormément de respect pour Rabat car je sais qu’il est encore certainement loin de son potentiel maxi suite à sa chute qu’il a eue en Malaisie, mais ce genre de déclaration est quand même un petit peu gratuit ! Depuis les premiers essais à Valence, Cal se focalise sur les deux pilotes Tech3 en disant « oui, mais s’ils font ça, ce ne sont pas de bons pilotes et c’est grâce à la moto ». Si vous vous souvenez, il l’avait déjà dit à Valence (voir ici) et il l’a redit là, au Qatar. Rabat est plus vite que Folger ? Ça veut tout dire et rien dire mais c’est pour dire que les temps de Folger et Zarco n’étaient quelque part pas des supers temps parce que la Yamaha est une super machine. C’est également une façon de dire que lui a une moto difficile, qu’il n’y a qu’à voir ce que fait Márquez, et ceci cela… Bon, qu’il ait envie de garder sa cote et de s’auto-féliciter via des comparaisons, parce que s’il parle de Rabat, c’est pour parler de lui de manière subliminale, ça le regarde. Mais je trouve que c’est un peu déplacé car à un moment il a eu une Yamaha et il n’a jamais gagné de Grand Prix avec, alors qu’il en a gagné avec une Honda. Bon, après, on pourra me dire que les circonstances de course n’étaient pas les mêmes, mais c’est pour dire qu’avec des comparaisons, on peut dire tout et son contraire. Cal Crutchlow fait exprès de faire ce genre de déclarations, il sait que ça va créer de la polémique, mais on l’aime et on l’adore quand même.
Mais
revenons à votre question principale. Oui, la Yamaha est une super
machine, et c’est certainement la meilleure machine pour permettre
à un Rookie d’apprendre la catégorie MotoGP. Maintenant, je me
méfie toujours aussi des assertions brutales et fermes des gens qui
ont le savoir ultime et absolu. C’est une machine qui a l’air
d’être plutôt ‘friendly’ comme on dit en anglais, d’être plutôt
bonne partout, plutôt très homogène, très équilibrée, et c’est ce
qu’on peut voir de l’extérieur. Maintenant, pour pouvoir réellement
répondre à cette question, il faudrait que le même pilote face au
même moment 10 tours avec les différentes machines du championnat.
Et ça, ça n’aura jamais lieu, donc on sait très bien qu’il y a une
part de subjectivité dans tout ça. Oui, la machine est bonne : on a
vu les Yamaha qui étaient 1, 2 et 3 samedi soir, donc on ne peut
pas dire qu’elle n’est pas bonne. Maintenant, Folger avait sorti la
grosse grosse attaque… Dans Speedweek, il disait d’ailleurs qu’il
était souvent au-dessus de sa limite. Donc, les gars attaquent, que
ce soit Jonas ou Johann. Et ce n’est pas si facile, comme on peut
le voir avec Valentino qui était un peu en dessous, surtout en
rythme de course. Si c’était si facile que ça, il y aurait les
quatre Yamaha aux quatre premières places. Oui, la Yamaha c’est une
super machine, mais je pense aussi que notre équipe technique la
connaît bien et est bien capable de la gérer, et que nos pilotes
sont bons et travaillent super bien et de façon intelligente avec
leur équipe. Mais quand on voit où se trouvent Paul Espargaro et
Bradley Smith cette année par rapport à l’année dernière, et c’est
bien sûr normal avec une équipe qui débute, alors oui, on a
vraiment une très bonne machine. »