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MotoGP Alex Marquez

Franchement, qui aurait pu prédire qu’Alex Marquez allait aussi bien rouler sur les six premières courses MotoGP de cette saison ? Ce qu’il fait est proprement impressionnant, en plus d’être surprenant, car il n’a jamais ne serait-ce que frôlé ce niveau depuis son arrivée en catégorie reine début 2020. Peut-on le comparer à d’autres outsiders récents ? Analyse.

 

Du grand art

 

Ce qui caractérise le plus Alex Marquez, à mon sens, c’est la maturité. L’actuel leader du championnat a 28 ans et pilote avec la tête. Il n’est pas le plus spectaculaire depuis l’entame, mais toujours juste. À Austin, j’ai surtout remarqué cela pendant les qualifications. D’abord, il suivait son frère ; stratégie peu payante, car Marc Marquez était étonnement lent lors de sa première sortie. Alex aurait pu le suivre encore, ou prendre la roue de l’esseulé Bagnaia, qui refuse toujours de faire ses temps derrière quelqu’un. Le pilote Gresini, en confiance, a pris la décision de s’en tenir au plan de marche initial, en lançant sa deuxième salve de tours rapides en solitaire.

 

MotoGP Alex Marquez

Il fait l’un des meilleurs débuts de saison de l’histoire récente. Photo : Michelin Motorsport

 

Et même comme ça, il avait beaucoup de vitesse, parvenant à se hisser en première ligne, devant Pecco Bagnaia et Franco Morbidelli qui paraissaient pourtant redoutables. Pendant les deux courses, il a intelligemment roulé, sans en faire de trop. On pourrait croire qu’il a son compte quant aux deuxièmes places, mais il n’a jamais cherché à croiser le fer avec Bagnaia une fois que celui-ci l’avait passé le dimanche.

C’est cette justesse qui lui permet de mener le championnat à l’heure où j’écris ces lignes. Alex Marquez, depuis la Thaïlande, accélère quand il faut, mène quand il le faut et ralentit quand il le faut. Je suis très heureux de constater l’évolution d’un grand double champion du monde, car les plus sages d’entre vous se souviennent peut-être de ses innombrables bourdes lorsqu’il menait des courses en Moto2. Avec une moto qui lui sied à merveille, il arrive à débloquer beaucoup de performance, mais parvient à se contrôler assez pour ne pas tomber dans l’excès.

 

Le problème d’Alex Marquez

 

Il y a tout de même quelque chose qui me chagrine. Vu comme il est parti, je ne le vois pas ralentir d’ici peu. La Desmosedici GP24 devrait devenir de moins en moins compétitive, mais elle peut rester très véloce jusqu’à la fin de l’année : c’est ce qu’il s’était passé en 2023. La GP22 était encore extrêmement performante lors de la tournée outre-mer, en témoignait la victoire de Marco Bezzecchi en Inde. Mais alors, que joue-t-il ?

 

 

Joue-t-il le titre mondial ? Si oui, alors il faudra qu’il prenne davantage de risques pour provoquer Bagnaia et son propre frère. Son pilotage est actuellement digne d’un champion du monde, mais à qui il manque le génie. Avant le début de saison, je voyais les deux officiels Ducati se partager toutes les victoires dans l’année, ce qui est le cas jusqu’à maintenant. S’il veut se positionner, il devra à son tour créer des moments de grâce, peu importe les risques. Et je ne crois pas qu’il puisse en gagner beaucoup, honnêtement.

Joue-t-il une simple bonne position au championnat ? Imaginons qu’Alex Marquez décide plutôt d’opter pour la régularité. C’est un peu ce qu’il fait actuellement : il n’a pas eu beaucoup de dépassements à faire et ne s’est pas mis en grande difficulté face à son frère ou Bagnaia. Mais s’il continue comme ça, je crains que sa saison ne tombe dans l’oubli. La vitesse paye plus que la régularité, et sur ce plan, j’imagine Fabio Di Giannantonio plus impactant. Si le tableau final ressemble à quelque chose comme « M.Marquez-Bagnaia-Di Giannantonio-A.Marquez », on dira, en 2027, qu’il a fait une bonne saison avec toutes ces deuxièmes places. Et en 2030, on l’aura oubliée.

Cet entre-deux me gêne assez, car j’aimerais qu’il pousse un peu plus et qu’il nous fasse une réelle saison d’outsider dangereux. Lui-même, après la Thaïlande, disait qu’il ne visait pas le titre, alors, quitte à ne pas gagner, autant y aller à fond.

 

Qui imiter ?

 

MotoGP Alex Marquez

Jorge Martin aussi avait fait six deuxièmes places consécutives en 2024, de la Grande-Bretagne à Aragon. Et il est allé au bout. Photo : Michelin Motorsport

 

Qu’est-ce qu’un outsider ? À l’origine, c’est un cheval de course que personne n’attend, mais qui figure parmi les mieux classés. C’est « celui qui est en dehors » pour la traduction littérale. En MotoGP, c’est un pilote généralement satellite, qui, à l’échelle d’une saison, réussit à s’imposer à plusieurs reprises ou à monter régulièrement sur la boîte. C’est aussi quelqu’un qui n’a jamais particulièrement brillé auparavant. Pour les trouver, regardez entre la quatrième et la sixième place du classement général et cherchez un nom que vous n’avez encore jamais vu à ce niveau.

Selon moi, le meilleur outsider moderne n’était autre qu’Enea Bastianini en 2022, chez Gresini. Personne ne l’attendait et il s’est quand même imposé par quatre fois. Je ne crois pas qu’Alex Marquez soit aussi fort. Je ne vais pas tous les citer, mais, personnellement, j’aimerais qu’il imite Cal Crutchlow 2013, et qu’il devienne, par le fait, un poil plus offensif. La vitesse est assez similaire – par rapport aux concurrents de l’époque, c’est-à-dire un cran en dessous, mais suffisante pour rafler une ou deux poles –, prêt à sortir du lot au moindre faux pas des favoris, mais pas non plus souvent victorieux. Et le tout ponctué par une régularité exemplaire qui permet au pilote de figurer dans le top 5 du général. J’espère que c’est la voie qu’il suivra.

Qu’avez-vous pensé des trois premières courses d’Alex Marquez en 2025 ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Alex Marquez est plutôt discret une fois qu’il tombe le casque. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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