Pour bien comprendre l’importance de celle que l’on appelle « la Honda 6 » dans l’histoire du sport motocycliste, on peut à la fois évidemment la placer sur un plan technologique, mais aussi l’insérer dans la saga du duel entre la Fédération Internationale de Motocyclisme et les constructeurs, digne parallèle de celle des gendarmes et des voleurs !
Cette série d’articles est inspiré par la présence annoncée de la plus authentique des répliques de la Honda RC 174 lors de la Sunday Ride Classic sur le circuit Paul Ricard, les 17 & 18 mai 2025…
2/ Le contexte
En 1958, 1959 et 1960, le championnat du monde est entièrement dominé par MV Agusta. C’est simple, la marque lombarde (Meccanica Verghera Agusta S.p.A) remporte tous les titres, 125, 250, 350 et 500, forgeant ainsi sa légende !
En 1958, une petite marque japonaise au début assez méconnue, Honda, fait ses classes au Japon en alignant des RC 71 bicylindres en 250cc, puis arrive en GP en 1959, ou du moins y participe à une première et unique épreuve, le Tourist Trophy sur l’île de Man,, avec une forte équipe de 4 pilotes japonais et un pilote américain embauché plus pour ses qualités d’interprète que ses dons de pilote.
Première apparition au TT
de l’île de Man (1959) (de gauche à droite) : Junzo Suzuki, Giichi
Suzuki, Yoshiyoshi Kawashima, Naoki Taniguchi, Teisuke Tanaka, Bill
Hunt et Hisakazu Sekiguchi (mécanicien)
La raison de cet engagement dans une seule catégorie
avec les 125 twins RC 142 ?
Soichiro Honda dans ses projets de conquête du
monde disait qu’une victoire au TT vaut plus que n’importe quel
championnat du monde remporté. Il confie le projet à
Kiyoshi Kawashima, qui depuis septembre 1958 peut
tirer les enseignements d’une FB Mondial 125 cm³ de
compétition acquise par l’entreprise.
« C’était un modèle de 1956, et c’était la première fois que nous voyions une vraie moto de course de là-bas. Nous en avons beaucoup appris. Je peux dire que c’est grâce à cette machine que nous avons pu construire notre première moto de compétition pour le TT de l’île de Man. La FB Mondial était une monocylindre, mais nous avons opté pour un modèle à deux cylindres. En janvier 1959, nous avons terminé une moto appelée RC141. Cependant, sa puissance était de 15,3 ch, ce qui la laissait encore loin derrière les 16,5 ch de la FB Mondial, trois ans plus ancienne. Peu après, la RC142 à quatre soupapes est sortie, avec une puissance de 17,4 ch. Nous avons envoyé ces deux machines sur l’île de Man. »
La catégorie 125 cm³ effectuait dix tours de 17,36 km chacun. Las ! Les Honda sont solides mais trop lentes. Elles sont classées 6, 7, 8 et 11eme.
L’américain Bill Hunt chute mais les Honda remportent le trophée par équipe. Soichiro Honda fait remballer toute l’équipe pour ne revenir que l’année suivante avec des motos améliorées et des ambitions en 125 toujours avec des twins (RC 143), mais aussi en 250 avec des 4 cylindres (RC 161).
En 1960, la 125 cm³ s’est classée deuxième, troisième et sixième, lors de la deuxième participation au TT de l’île de Man. La 250 cm³ a terminé quatrième, et outre le TT de l’île de Man, elle a également participé à six autres Grands Prix mondiaux, passant tout près de la victoire en Irlande avec la présence du « Rhodésien » Jim Redman, nouvelle recrue depuis le mois de juillet.
Les Japonais apprennent, et apprennent vite, non pas en copiant les Européens (sans doute même pour Suzuki), mais en développant leur propre concept. Chez Yamaha, on continue à développer les moteurs 2-temps, chez Honda on ne jure que par beaucoup de cylindres de faible cylindrée unitaire afin de prendre des régimes très élevés, rendus possible également par des culasses double arbres à quatre soupapes. Le moteur moderne était né !
Au regard de la nouveauté et du développement à faire, les résultats n’ont donc pas tardé, et dès 1961 Honda rafle deux titres à l’hégémonique MV Agusta, en 125 et 250cc, grâce à Tom Phillis en 125 (2RC143) et à Mike Hailwood en 250, qui est pilote privé mais qui bat les pilotes officiels, son père le richissime Stan Hailwood ayant obtenu des Japonais une 250 RC 162 dernier modèle...
Le charme suranné de l’édition 1961…
En 1962, c’est même la catégorie 350cc qui tombe dans l’escarcelle de Honda, avec la RC 171 de Jim Redman, maintenant dotée d’un quatre cylindres de 339cc.
Une voie royale semble donc s’ouvrir devant Honda, mais l’euphorie est de courte durée, car c’était sans compter sans deux autres constructeurs japonais qui, eux, avaient choisi une toute autre voie technique, celle du 2-temps ! Car oui, à cette époque les deux types de moteur étaient autorisés, à cylindrées égales !
Suzuki commence ainsi à connaître le succès en 50cc (en bénéficiant partiellement du savoir européen de MZ dans le domaine, qui lui a sans doute fait gagner quelques mois) dès 1962, année d’introduction de cette catégorie, puis en 125 en 1963.
Crime de lèse-majesté, Yamaha s’octroie pour sa part un premier titre en 250cc en 1964, battant avec la RD56 de Phil Read, simple bicylindre sans soupape, le noble quatre cylindres 4-temps de Jim Redman durant la majeure partie de la saison, et même l’extraordinaire 6 cylindres alignée pour ses débuts lors du Grand Prix des Nations à Monza.
Car oui, Honda avait déjà une autre carte dans sa manche. En fait, tout un jeu de cartes…
Cette série d’articles est inspiré par la présence annoncée de la plus authentique des répliques de la Honda RC 174 lors de la Sunday Ride Classic sur le circuit Paul Ricard, les 17 & 18 mai 2025…
Crédit photos: Honda
Honda 6 Honda 6 Honda 6